Lucioles

Magie des Lampyridae

Ces petits insectes enchantent les nuits, de l’Amérique (nord et sud) à l’Asie (jusqu’au Japon), en passant par l’Europe.

Capables de produire de la lumière, ils brillent dans l’obscurité, de manière plus ou moins continue selon l’espèce. On en dénombre plus de 2 000. Ils font partie de la famille des Lampyridae dans l’ordre des Coléoptères. En France, seules 11 sortes de vers luisants et une espèce de Luciole en voie de disparition, sont visibles. Présents dans les zones chaudes et humides, on les aperçoit dans les campagnes près des cours d’eau et dans les forêts, pendant une courte période, souvent aux mois de mai et juin, dans l’hémisphère Nord.

Cycle de vie et comportement

Les lucioles et autres Lampyridés passent par différents stades et mues avant de devenir adulte et pouvoir se reproduire: œuf, larve, nymphe… Ils passent l’essentiel de leur vie à l’état de larve, qui peut durer deux ans. La femelle meurt peu après la ponte de ses œufs, le mâle s’éteint à la fin de la période d’accouplement

Les larves sont carnivores. Les escargots qu’elles paralysent et anesthésient, sont leur met de prédilection.

Le régime alimentaire des adultes est peu connu. Il semble que la plupart des adultes ne s’alimentent pas pendant leur courte existence dédiée à la reproduction. Quelques rares espèces carnivores, attirent d’autres Lampiridés pour les manger et … s’approprier certaines de leurs capacités !

Bioluminescence

Les Lampiridae font partie des insectes bioluminescents, c’est-à-dire capables de produire de la lumière. Quelques espèces, pour la plupart diurnes, ne s’éclairent pas. La grande majorité s’illuminent selon des motifs et des couleurs spécifiques à chaque spécimen (séquence, fréquence et horaires des signaux lumineux – tombée du jour, pleine nuit, etc), au sexe et au stade de leur vie.

Marie-Catherine Phanekham
Codes lumineux de 3 espèces nord américaines
firefly-glowing-light-communication – source: Science Friday – Youtube
Marie-Catherine Phanekham
Production de lumières de 5 espèces nord américaines

Comment s’illuminent-ils?

Grâce à une réaction chimique de cellules situées à l’extrémité de leur abdomen. Ces cellules appelés photocytes contiennent de la luciférine, une substance chimique. Sous l’action d’une enzyme (la luciférase), d’oxygène et d’ATP (adénosine triphosphate) qui joue un rôle de catalyseur, la luciférine s’oxyde. La réaction est presque parfaite dans ce sens où il n’y a pas de déperdition d’énergie. On parle de lumière froide, car il n’y a pas de production (dégagement) de chaleur.

Cette émission semble contrôlée par l’insecte, qui décide ou pas, de signaler sa présence.

Pourquoi s’éclairent-ils ?

Les espèces bioluminescentes produisent de la lumière à quasiment tous les stades de leur vie.

Ainsi certains œufs réagissent à leur environnement par de faibles lueurs.

Selon leur stade de développement, les Lampyridés utilisent la lumière pour :

Larves :

  • s’orienter
  • chasser les prédateurs

Adultes:

  • Principalement trouver un partenaire et s’accoupler
  • Pour piéger une proie

Variétés

Il existe plusieurs sous-familles de lampyridés, parmi les nombreuses espèces connues.

Voici, quelques spécimens Lampyridae, qui tous émettent des signaux lumineux, selon un code spécifique à chacun (nombre, durée, intervalle entre deux séquences, couleur, intensité des clignotements). Avec leur trajectoire de vol, c’est un des moyens de les reconnaître dans le noir.

Dans le cadre de leur communication pour s’accoupler,  c’est souvent le mâle qui émet des signaux en volant dans la nuit, à la recherche d’une partenaire. La femelle de son espèce profite de l’intervalle entre deux séquences du mâle pour lui signaler sa présence (au sol). Elle répond avec une émission de lumière et un temps de réponse qui lui sont propres.

Dans d’autres (cas du ver luisant), c’est la femelle qui annonce sa présence à travers un puissant signal lumineux.

Les motifs de ces codes lumineux dépendent de la température ambiante. Des températures fraîches ralentissent ainsi le rythme des signaux.

Ci –dessous quelques exemples du dialogue amoureux et lumineux entre mâle et femelle des espèces d’Amérique du Nord:

Marie-Catherine Phanekham
Source

Lampyris noctiluca

Marie-Catherine Phanekham
Ver luisant – Source Matthias Buehler Flickr

L’un des vers luisants que l’on trouve en France (notamment dans le Sud). On l’appelle également, joliment, Porteur de Lanterne.

Les larves, le mâle et la femelle adultes, disposent tous, à l’extrémité de leur abdomen, d’un segment produisant deux petits points de lumière. La femelle dispose, en plus, de deux autres segments attenants, qui dégagent une lumière puissante (jaune vert) sur toute leur largeur. Elle signale ainsi sa position aux reproducteurs potentiels. La femelle, dépourvue d’ailes et d’élytres, reste en effet clouée au sol pendant que le mâle, doté d’ailes, vole la nuit à la recherche d’une partenaire. Celui-ci s’il n’a pas de lanterne lumineuse, dispose d’une imposante paire d’yeux, lui permettant de repérer une éventuelle compagne.   

La femelle est presque deux fois plus grosse que son partenaire et peut mesurer jusqu’à 20 mm- 25 mm A noter, les œufs sont également luisants.

On peut admirer ici les vers luisants d’Angleterre

Vers luisants d’Angleterre

Luciola lusitanica

De la sous-famille Luciolinae.

C’est l’unique représentante des lucioles, que l’on rencontre en France (dans le sud-est aux environs de  Nice). Les signaux sont émis par le mâle et la femelle : ils sont brefs comme des flashes.  Les lumières clignotent dans la nuit, à l’inverse de celles émises par les vers luisants qui brillent plus longuement.

Les femelles de cette espèce disposent d’ailes et d’élytres mais ne volent pas.

Photinus pyralis

C’est une luciole commune d’Amérique du Nord. Le mâle vole a un mètre du sol et émet toutes les 5 secondes environ, un flash d’une seconde, en se déplaçant. Il laisse ainsi une traine lumineuse à la forme d’une virgule ou d’un J (en anglais on le nomme d’ailleurs J-stroke, big bipper firefly). La femelle lui répond 2 secondes plus tard par un signal bref (d’une demi seconde).

Photinus carolinus

Une autre espèce étonnante d’ Amérique du nord. Les mâles synchronisent leurs signaux lumineux : 6 rapides flash successifs, puis 6 secondes d’obscurité avant de recommencer la série de flashs. L’intervalle « obscur » permet à la femelle de répondre par un signal au mâle.

Le spectacle est étonnant:


Synchronous Fireflies In Action
… autre spectacle de scintillements synchronisés

Et si vous voulez (pouvez) les admirer sur site, direction le Japon (en Mai ou Juin) où la contemplation des lucioles est une pratique ancienne, aussi ancrée que celles des fleurs de cerisier.

Dazzling Fireflies at Dusk